Verlaan, P., Déry, M., Toupin, J. et Pauzé, R. (2010). Les filles à risque de développer des troubles du comportement au secondaire : Dépistage et services éducatifs spécialisés reçus. Rapport de recherche déposé au Conseil de recherche des  sciences  humaines du Canada (CRSH). 38 pages. 

Les filles à risque de développer des troubles du comportement au secondaire : Dépistage et services éducatifs spécialisés reçus
2010

De nombreuses études indiquent que les troubles du comportement (TC) observés à l'école primaire
chez les garçons et les filles sont stables dans le temps et qu'ils persistent souvent jusqu'à l'âge adulte.
Par contre, l'incidence de ces troubles augmente de façon marquée chez les filles au début de
l'adolescence. La compréhension des facteurs explicatifs de ce changement de prévalence est
importante. La présente étude longitudinale propose que les indicateurs comportementaux (dont les
conduites d'agression physique et d'opposition) habituellement retenus à l'école primaire pour identifier
les filles à risque de développer des TC à l'adolescence sont incomplets et doivent aussi inclurent
l'évaluation des conduites d'agression indirecte (ostracisme, médisance), plus typiquement féminine. Le
principal objectif est d'établir la validité prédictive de l'agression indirecte telle que manifestée à l'école
primaire chez les filles pour le développement des TC à l'adolescence en tenant compte de la
contribution relative d'autres facteurs de risque (personnels, sociaux et familiaux) et leur lien avec la
réception de services spécialisés reçus pour contrer leurs difficultés en milieu scolaire.


L'étude est réalisée auprès de deux cohortes de filles (n=250) de 5e et 6e année (âge moyen=12,0;
É.T.=0,7) recrutées à une année d'intervalle auprès d'un large échantillon d'élèves dans les écoles
primaires publiques de quartiers défavorisés de deux commissions scolaires des régions de la
Montérégie et de l'Estrie. Ces participantes ont été sélectionnées à partir des scores d'agression directe
et indirecte reçus selon une procédure de nomination par les pairs et classées en quatre sous-groupes « à
risque » : agression directe, agression indirecte, agression mixte (directe et indirecte), ou
non-agressives. L'étude opte pour un devis à mesures répétées aux 12 mois sur une période de cinq ans
et utilise une approche multi-répondants (parents, enseignants, pairs, auto-révélés) dans l'évaluation des
TC, des facteurs de risque et des services spécialisés.


Les résultats de l'étude soutiennent l'hypothèse voulant que le développement des filles qui manifestent
fréquemment des conduites agressives indirectes au primaire soit significativement différent de celui
des filles non-agressives. Elles éprouvent significativement plus de difficultés sociales, affectives et
comportementales que les filles non-agressives. Leurs relations parentales sont également davantage
détériorées. Toutefois, elles se distinguent des filles qui utilisent des conduites agressives mixtes qui
sont celles qui manifestent le plus de difficultés au primaire. À l'adolescence, une trajectoire évolutive
négative (augmentation des difficultés) est notée pour l'ensemble des filles. Par contre, cette
augmentation est plus rapide pour les filles du groupe indirectement agressives, leurs difficultés
atteignant celles des filles du groupe mixte au secondaire. Un nombre relativement stable (moyenne =
15%) des filles identifiées « à risque » reçoivent des services spécialisés tant au primaire qu'au
secondaire. En lien avec l'évolution de leurs difficultés, les filles agressives indirectes ont davantage
recours à de tels services au secondaire.


Les conclusions de l'étude justifient de considérer la présence des conduites agressives indirectes dans
l'identification et le développement des troubles de comportement chez les filles au primaire et de leur
offrir des services de soutien préventifs avant leur entrée au secondaire.


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