Les besoins des adolescentes placées hors de leur famille : points de vue d’adolescentes et d’intervenants français et québécois

Chercheure principale : Geneviève Paquette
Cochercheures : Lanctôt, N., Euillet, S., Join-Lambert, H.
Dates : juin 2016 - mai 2018
Organisme subventionnaire : Fonds de recherche du Québec – Nature et technologies (FRQNT)

Les études récentes démontrent la nécessité d’offrir des interventions psychoéducatives ou socioéducatives adaptées aux besoins des adolescentes placées hors de leur famille (Kerig et Schindler, 2013). Sur la base de la forte prévalence des difficultés qui marquent le parcours de vie des adolescentes en situation de placement (ex.: agression sexuelle, dépression et anxiété, ruptures relationnelles, maternité précoce), les études identifient des cibles d’intervention à prioriser afin de répondre aux besoins de cette population (Walker et al., 2015). Cette notion de « besoin » est toutefois bien relative et se doit d’être mieux établie. D’une part, la façon dont les intervenants perçoivent les adolescentes teinte leur pratique clinique (Lanctôt et al. 2012; Peled et Lugasi, 2015). Par exemple, certains considèrent les adolescentes placées comme des victimes de conditions de vie adverses, alors que d’autres les perçoivent comme étant responsables de leurs actes. D’autre part, le point de vue des adolescentes sur les besoins qu’elles jugent prioritaires pour se développer sainement doit être considéré. Or, peu d’études ont donné la parole aux adolescentes en ce sens (Barnett, 2012). Notre projet s’appuiera sur le « modèle des vies saines » (Good Lives Model, Ward et Stewart, 2003). Selon ce modèle théorique, c’est en favorisant le bien-être personnel et en comblant les besoins qui sont identifiés comme étant significatifs et prioritaires aux yeux des adolescentes elles-mêmes que des interventions pourront être efficaces.

Les objectifs de notre projet sont : i) recueillir les perceptions d’adolescentes placées sur les besoins qu’elles estiment importants à combler pour favoriser leur sain développement, ii) contraster ces perceptions à celles de leurs parents et intervenants afin de favoriser le développement d’une vision commune des besoins qui devraient guider les interventions et iii) comparer les résultats issus d’échantillons Français et Québécois afin de proposer des pistes d’interventions prometteuses. Des entretiens qualitatifs seront menés auprès de 15 adolescentes françaises et de 15 adolescentes québécoises placées dans des établissements d’hébergement ainsi qu’auprès de leurs parents et intervenants. Recueillir le point de vue des adolescentes nécessite une méthodologie adaptée reposant sur une diversité de supports. Le protocole d’entrevue « Possible Selves Map » développé et validé par Marshall et al. (2011) sera adapté au contexte franco-québécois. Parallèlement, une méthode de recueil ouverte, s’inspirant de l’utilisation de photos, de visites guidées et de biographies évènementielles, permettra d’explorer la vie quotidienne des adolescentes, leurs parcours et la manière dont elles se projettent dans l’avenir (Join-Lambert & Boddy, 2014; Leclerc-Olive, 1997). Cela permettra de saisir les besoins des adolescentes à travers les espoirs et les peurs qui sont au coeur de leur vie et qui façonnent leurs pensées, émotions, comportements et perspectives d’avenir, mais aussi la perception des ressources passées et actuelles pouvant répondre à leurs besoins. Quatre étudiants intégreront le projet, dont deux qui feront un stage de recherche outre-mer. Nos stratégies de formation miseront tant sur la rigueur scientifique que sur le développement des compétences professionnelles.

En matière d’intervention auprès des jeunes en situation de placement, la France et le Québec sont reconnus pour avoir des pratiques d’interventions considérablement différentes, voire opposées. Au Québec, les interventions reposent surtout sur des programmes ayant des activités structurées et formalisées, alors qu’en France, des approches plus ouvertes et qui se précisent selon l’évolution des observations et des interactions sont favorisées (Durning, 2008). Notre projet innovera en allant au-delà de cette polarisation des pratiques. L’accent sera porté sur un élément commun et essentiel à tous types d’interventions, soit une réponse sensible aux besoins des adolescentes, peu importe le type de pratiques privilégié. Les résultats guideront la pratique en identifiant non seulement les besoins prioritaires sur lesquels les interventions devraient reposer pour favoriser le sain développement des adolescentes, mais aussi les forces, les capacités, les ressources et les obstacles qui favorisent ou entravent la réponse à ces besoins.

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