Lorsque les parcours de vie d’un jeune et de son intervenant se croisent

Juillet 2022

Ce texte fut rédigé dans le cadre du Concours de vulgarisation scientifique 2022 de l’Université de Sherbrooke.

Auteure et auteur : Daphnée Bédard et William Gaudreau

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« Personne ne me comprend… »

« Personne n’est là pour moi… »

 

Voilà des pensées qui envahissent Hugo, un jeune garçon de 15 ans hébergé en centre de réadaptation (CR) après des années de négligence. Dans l’unité de vie où il est placé, il est perçu comme un adolescent avec une humeur maussade. Il est souvent en retrait, silencieux et discret. Ainsi, il est parfois difficile pour les personnes intervenantes de comprendre ce qu’il pense et ressent. Ses comportements, s’apparentant à des difficultés du comportement intériorisées, passent souvent inaperçus.

Cette histoire concerne également François, l’intervenant répondant d’Hugo. François est un conjoint, un père, un fils. Ses expériences relationnelles à l’enfance ont également été difficiles : elles ont d’ailleurs teinté la personne qu’il est aujourd’hui. François a été confronté à des parents imprévisibles, répondant à ses besoins de manière inconstante. Aujourd’hui, en tant qu’adulte, il présente un style d’attachement dit insécurisant anxieux. Cela se caractérise par une préoccupation excessive par rapport à ses relations, à une crainte de l’abandon, ainsi que l’exagération de ses réactions et émotions négatives. On peut alors se demander ce qui arrive lorsque les parcours de vie de la personne intervenante et de l’adolescent se croisent. Ainsi, est-ce que le style d’attachement de François influence les difficultés intériorisées d’Hugo?

Et s’il suffisait de prendre un pas de recul et de s’intéresser à la réalité des jeunes ?

L’étude dirigée par la professeure et chercheuse en psychoéducation Katherine Pascuzzo et ses collaboratrices permet justement de répondre à ces questions. Plus particulièrement, l’étude vise à examiner si le style d’attachement et la disposition des personnes intervenantes à être curieuses et intéressées aux états internes (pensées, sentiments) des jeunes sont associés aux problèmes de comportement de ces derniers. Pour ce faire, l’étude inclut 34 dyades composées de jeunes hébergés en CR et de leurs personnes intervenantes.

Les résultats indiquent qu’un patron d’attachement insécurisant anxieux plus élevé ainsi qu’une capacité de curiosité et d’intérêt des personnes intervenantes plus faible sont associés à des difficultés intériorisées plus élevées chez les jeunes.

Or, ces résultats soulèvent un constat important : chez les personnes intervenantes ayant un faible niveau de curiosité et d’intérêt envers les états internes des jeunes, plus leur niveau d’attachement anxieux est élevé, plus les jeunes présentent des difficultés intériorisées sévères. Au contraire, lorsque les personnes intervenantes démontrent une bonne capacité de curiosité et d’intérêt envers les états internes des jeunes, malgré un attachement anxieux plus élevé, les jeunes présentent moins de difficultés intériorisées.

Pour reprendre l’histoire de François et d’Hugo, l’étude démontre que le style d’attachement insécurisant anxieux de François, caractérisé par une tendance à exagérer ses réactions et émotions négatives, pourrait expliquer qu’Hugo présente davantage de difficultés intériorisées. Or, malgré l’attachement insécurisant anxieux de François, sa capacité d’être curieux et intéressé à comprendre les pensées et les émotions vécues par Hugo pourrait atténuer ses difficultés intériorisées.

Mieux cibler le soutien offert aux personnes intervenantes

Cette étude met en lumière la valeur ajoutée de cette posture de curiosité et d’intérêt envers les états mentaux des jeunes par les personnes intervenantes, afin de pallier leurs difficultés respectives. L’accès à des outils cliniques est alors essentiel pour aider les personnes intervenantes à mieux décoder les sentiments et les pensées des jeunes en CR. À cet égard, les chercheuses poursuivent leur étude afin d’évaluer les effets d’un outil clinique basé sur la théorie de l’attachement. Celui-ci vise à soutenir le travail des personnes intervenantes en CR, considérant qu’elles constituent des figures de choix pour aider les jeunes placés à mieux s’adapter aux aléas de la vie.

 

 

Référence de l’article scientifique sur lequel porte ce texte de vulgarisation :

Pascuzzo K, Cyr C, Joly M-P, *Rollin M et Cyr-Desautels L. (2021). Professional carers’ attachment style and reflective functioning: Links with adolescent behavioral and emotional adaptation in residential care. Children and Youth Services Review, 126. doi: 10.1016/J.CHILDYOUTH.2021.106044

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