Analyse dans une perspective longitudinale des facteurs contributifs aux attitudes et comportements alimentaires problématiques des enfants à l'aide d'une approche multi-méthode

Chercheure principale : Isabelle Thibault
Dates : avril 2017 - mars 2020
Organisme subventionnaire : Fonds de recherche du Québec – Société et Culture (FRQSC), Établissement de nouveaux professeurs-chercheurs

Tant les attitudes et comportements alimentaires problématiques (ACAP) chez les enfants que l’anorexie prépubère sont très peu documentés dans les écrits scientifiques actuels. Ces problématiques ne sont pas toujours dépistées par les médecins par manque de connaissances à ce sujet (Bryant-Waugh et al., 1991; Karwautz et al., 1997; Pinhas et al., 2011). Il peut ne pas y avoir de perte de poids associée aux ACAP ou à l’anorexie prépubère, mais plutôt une absence de prise de poids alors que les enfants sont en période de croissance, ce qui contribue à compliquer l’identification de la problématique (APA, 2013; Walford et McCune, 1991). Bien que probablement similaires à ceux de l’anorexie prépubère, les effets des ACAP sur le développement physique sont peu documentés. Pour ce qui est de l’anorexie prépubère, les chercheurs rapportent le retard ou l’arrêt de la croissance physique et du développement pubertaire, la résistance au traitement, le mauvais pronostic et le taux de mortalité élevé à long terme (Walford et McCune, 1991). Par ailleurs, les ACAP des enfants inquiètent considérant que les conduites alimentaires adoptées à l’enfance ont tendance à perdurer dans le temps (Davison et al., 2003). Les ACAP à l’enfance peuvent aussi avoir des conséquences sur le développement psychologique ultérieur. Par exemple, les résultats de l’étude de Rierdan et Koff (1997) montrent que l’insatisfaction corporelle à l’enfance est souvent associée à des symptômes dépressifs à l’adolescence.

QUESTIONS ET HYPOTHÈSES DE RECHERCHE

Tant dans le cas des ACAP que de l’anorexie prépubère, il y a lieu de se demander pourquoi les enfants adoptent à un si jeune âge de tels attitudes et comportement et pourquoi les taux d’anorexie prépubère sont en hausse (Halmi, 2009). L’une des hypothèses envisagées est l’influence des pressions sociales pour la minceur. Celle-ci est en partie confirmée par le fait que les ACAP et les troubles de comportements alimentaires (TCA) se retrouvent principalement dans les sociétés occidentales dans lesquelles la minceur est valorisée (APA, 2013). Or, ce facteur n’explique pas à lui seul la présence d’ACAP ou d’anorexie prépubère chez les enfants (APA, 2013; Garner, 2004). Selon toute vraisemblance, la pression pour la minceur influence la présence d’ACAP ou d’anorexie prépubère par l’intermédiaire d’autres facteurs de vulnérabilités psychologiques, familiales et sociales (APA, 2013; Garner, 2004; Treasure et al., 2010). Considérant la forte proportion d’enfants présentant des ACAP, l’augmentation de l’anorexie prépubère ainsi que les effets de ces problématiques sur le développement ultérieur, il est nécessaire de s’intéresser aux déterminants impliqués dans le développement de ces problématiques. Pour ce faire, il faut s’attarder à la présence et à l’évolution de certains facteurs de risque dans des groupes d’enfants correspondant aux différents niveaux du continuum d’attitudes et de comportements alimentaires, c’est-à-dire les enfants sans ACAP, avec ACAP et avec anorexie prépubère. L’hypothèse principale de ce projet de recherche est que la présence d’un cumul de facteurs de risque chez les enfants conduit à l’adoption d’ACAP et que ce cumul est encore plus important chez les enfants présentant une anorexie prépubère.

OBJECTIFS POURSUIVIS

Cette étude vise à comprendre les déterminants liés au fait d’appartenir à l’un des trois groupes (sans ACAP, avec ACAP, avec anorexie prépubère) du continuum d’attitudes et de comportements alimentaires pour les enfants. Ce but se traduit en quatre objectifs spécifiques (OBJ). OBJ 1 : Dresser un portrait de la proportion d’enfants présentant des ACAP dans la population générale. OBJ 2 : Documenter la présence des facteurs de risque liés aux ACAP dans trois groupes d’enfants (sans ACAP; avec ACAP; avec anorexie prépubère). OBJ 3 : Documenter l’évolution après un an des facteurs de risque liés aux ACAP dans trois groupes d’enfants (sans ACAP; avec ACAP; avec anorexie prépubère). OBJ 4 : Identifier le poids relatif et contributif des facteurs de risque liés aux ACAP dans trois groupes d’enfants (sans ACAP; avec ACAP; avec anorexie prépubère).

CADRE THÉORIQUE

Les chercheurs dans le domaine des ACAP s’attardent généralement aux mêmes variables que celles identifiées dans les études portant sur l’anorexie. Ce choix est logique puisque les ACAP sont une forme sous-clinique de TCA. Il y a aussi un consensus dans les écrits à l’effet que les ACAP et l’anorexie sont des problématiques multidéterminées (APA, 2013; Fairburn et Harrison, 2003; Field et al., 2001; Lunde et al., 2004; Polivy et Herman, 2004). À ma connaissance, aucun modèle explicatif du continuum des attitudes et des comportements alimentaires chez les enfants n’a été proposé jusqu’à maintenant dans la documentation scientifique. Le cadre théorique retenu pour cette étude est celui de Garner (2004). Selon ce modèle, l’anorexie résulte de la combinaison de facteurs prédisposants (vulnérabilités individuelles, familiales, sociales), précipitants (confrontation à différents stress) et de maintien (privation alimentaire qui accentue les facteurs prédisposants) (Garner, 2004). Parmi les vulnérabilités psychologiques, les plus recensées sont le perfectionnisme, la faible estime de soi, la présence de sentiments dépressifs et anxieux, les difficultés de régulation émotionnelle et les perceptions de soi (Garner, 2004; Pinheiro et al., 2009; Thornton et al., 2011). Au plan familial, notons les difficultés sur le plan de la cohésion, de la flexibilité, de la communication, de la résolution des conflits, les conflits conjugaux et l’importance accordée à la réussite ou l’apparence (Jacobs et al., 2008; Neinstein, 2002; O’Shaughnessy, 2009). Au plan social, les plus communes sont les difficultés à établir et maintenir des relations (Bruch, 1979; Fairburn et Harrison, 2003; Garner, 2004). Les variables retenues pour cette étude (appelées « facteurs de risque liés aux ACAP » dans les objectifs de recherche) sont les principaux facteurs de risque identifiés dans le modèle explicatif de Garner (2004). Notons que le devis longitudinal et prospectif de cette étude est très novateur, car les études portant sur les facteurs de risque liés aux TCA sont principalement de nature transversale et qu’à ma connaissance, aucune étude longitudinale prospective portant sur les trois groupes du continuum d’ACAP n’a été réalisée. Les facteurs de risque liés aux ACAP sont considérés prédisposants même si les devis de recherche utilisés dans les écrits scientifiques ne permettent pas de telles conclusions.

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